LES AMANITES: QUI, QUOI, POURQUOI ?

Une nouvelle revue, lancée dans un environnement médiatique déjà surchargé. Pourquoi faire ? Comme dirait Alain Deneault : « Pour faire que ». Faire qu’un discours marginal mais nécessaire soit enfin porté largement. Faire que des pistes crédibles et enviables émergent d’une réflexion collective, pour affronter les turbulences du temps présent. Faire que les bonnes volontés aient un lieu de diffusion et de ralliement. Faire qu’enfin, advienne un monde plus juste, égalitaire, réellement démocratique et écologique.

Qui sommes-nous et pourquoi avons-nous lancé cette nouvelle publication ?

Nous sommes un groupe de personnes qui croient qu’il est urgent de remettre en question l’organisation sociale actuelle. Notre système politico-économique a montré son incapacité à faire face aux crises climatiques, économiques, sociales, sanitaires, écologiques et politiques, qui affectent déjà la population et qui ne feront que s’aggraver. Pire, il en est une des causes structurelles principales. Ces détériorations affectent en premier lieu les gens ordinaires, ceux qui n’ont pratiquement aucun pouvoir politique. Les décideurs, qu’ils soient élus ou grands actionnaires de compagnies, sont pour la grande majorité à l’abri de ces crises, ou du moins le croient-ils, grâce à leur position dominante, leur richesse et leurs contacts. Ils en tirent même directement profit. Inévitablement, ils priorisent la préservation de leur statut social et celui de leurs relations plutôt que d’agir pour régler ces catastrophes.

Nous savons d’expérience que les médias existants ne diffuseront pas ce type de message trop subversif. C’est pourquoi nous avons décidé de nous passer d’intermédiaire et de créer cette publication pour que ces idées puissent exister dans l’espace public. Notre objectif est de permettre la diffusion d’analyses généralement ignorées dans le paysage médiatique et politique actuel, afin de mettre en lumière les causes profondes des dégradations actuelles et de dégager ensemble des pistes d’action communes. Au-delà de faire face à ces crises, il faut aussi se donner le goût d’un monde enviable dans lequel il ferait bon vivre pour l’ensemble du vivant.

De quoi sera-t-il question ?

Les Amanites est une revue politique de sensibilité libertaire et technocritique. D’un article à l’autre, un large éventail de thèmes seront abordés dans cette perspective, allant des modes d’organisation politique et sociale aux relations que nous entretenons avec les autres formes de vie, en passant par l’économie, l’anthropologie, la technologie, les systèmes de domination capitaliste, coloniale et patriarcale, la culture de résistance et les tactiques qui y sont associées, les compétences à acquérir et les pièges à éviter.

Cette publication s’adresse à nos semblables, aux gens que nous croisons dans la rue, dans nos milieux de travail, dans nos cercles amicaux, dans nos familles. Les enjeux qui nous concernent peuvent être complexes, mais jamais au point de ne pas être compréhensibles s’ils sont abordés avec une réelle volonté de partage de connaissances. Nous ne pourrons opérer de changement radical sans être en mesure de rejoindre toutes celles et ceux qui en bénéficieront. Les seuls à qui nous ne nous adressons pas, c’est ceux qui sont actuellement aux commandes. Ils ont déjà eu d’innombrables opportunités de nous écouter et ils ont encore les moyens de le faire s’ils le souhaitent. Le fait qu’ils continuent à nous ignorer nous prouve hors de tout doute qu’ils n’en ont aucune intention. Ce monde qui vient, il se fera nécessairement malgré eux.

Un futur enviable pourrait prendre plusieurs formes. Nous croyons que diverses manières de vivre peuvent coexister paisiblement tout en répondant aux objectifs de démocratie réelle et de respect de la vie sous toutes ses formes. Vous retrouverez toutefois dans nos pages quelques exemples, pour bien illustrer leur faisabilité réelle et nous convier collectivement à laisser parler notre imagination, notre créativité et notre sens critique. 

Nous manquons de temps

Cette conjugaison des crises est en voie de nous laisser dans l’impuissance la plus totale. Les changements climatiques et environnementaux feront en sorte de rendre notre capacité à simplement survivre presque impossible. Les pénuries d’eau, de nourriture et d’abri dues au réchauffement climatique et à la dégradation généralisée des territoires par l’exploitation de leurs « ressources » nous rendront excessivement vulnérables. Cette vulnérabilité sera exacerbée par l’explosion des inégalités qui fait en sorte que l’immense majorité de la population n’aura pas les moyens financiers et logistiques d’y faire face. Inversement, les quelques ultra-riches, profitant du système politique actuel leur offrant un accès privilégié aux décideurs, auront tous les outils pour nous convaincre (ou nous forcer, s’il y a résistance) de suivre leurs solutions pour assurer notre survie. Des solutions autoritaires, voire carrément fascistes, leur permettant de s’assurer de garder leur position sociale et de nous maintenir dans notre état de soumission.

Cela a déjà commencé. Les innovations technologiques en robotique, en contrôle social, en armement et en intelligence artificielle rendront bientôt toute résistance quasi impossible. Le temps nous manque. Nous devons agir rapidement, mais intelligemment. Le pouvoir politico-économique a déjà des moyens titanesques à sa disposition. Il faut donc être lucide et reconnaître les forces en présence afin d’y opposer une riposte proportionnée, tout en veillant de ne pas gaspiller notre énergie dans des actions inutiles.

Pour se mettre en mouvement, il faut savoir où aller et pourquoi. Ensuite, il faut déterminer comment nous y rendre. Quelles en sont les étapes, quels leviers avons-nous encore entre nos mains pour renverser le statu quo. Enfin, il faut mesurer notre détermination. Est-ce que les conséquences du laisser-aller surpassent les risques de créer le changement ? Est-ce que la disparition de millions d’espèces vivantes est une tragédie plus grande que de voir notre confort anesthésiant se transformer en une vie plus exigeante mais plus épanouissante ? Est-ce que les génocides et l’exploitation de millions d’humains sont pires que les risques inévitables associés au renversement des structures de pouvoir ? Est-ce que rester figé par la peur et laisser un monde autoritaire, liberticide, caniculaire et désertique à nos enfants est mille fois pire que de s’engager pour le changement ? À toutes ces questions, nous répondons oui. Et nous faisons le pari que vous répondrez comme nous. Il ne reste donc plus qu’à nous organiser efficacement pour atteindre nos objectifs.

Cet éditorial soulève plus de questions qu’il n’apporte de solutions concrètes. Notre objectif est d’offrir aux auteurs et autrices, d’une publication à l’autre, la possibilité de proposer des conditions d’émergence d’alternatives radicales, réalistes, efficaces, démocratiques, respectueuse de la diversité humaine et permettant l’épanouissement de toutes les formes de vie. Considérant l’urgence de la situation, cette publication n’a pas pour vocation d’exister à long terme. Nous voulons participer à l’impulsion d’un élan qui provoquera les changements nécessaires, avant qu’il ne soit trop tard. Nous agissons pour que cet élan prenne forme de façon concrète et tangible, le plus rapidement possible. Nous accueillerons donc des articles porteurs d’analyses, d’objectifs, de plan d’action, de stratégies, de tactiques et d’un nécessaire exercice de critique de la situation actuelle.

Les chemins des catastrophes

Ce premier numéro vise d’ailleurs à mettre la table. Nous sommes à un moment charnière de l’Histoire. Les autrices et auteurs ayant contribué à ce lancement ont voulu s’attaquer aux raisons de notre impuissance politique, économique et sociale. Parce qu’il faut comprendre ce qui doit être changé, pour ne pas s’épuiser à lutter contre des symptômes, et ainsi mettre toute notre énergie sur de véritables leviers de changement. Si ce premier numéro vise à cerner les enjeux et esquisser un monde désirable, le prochain sera davantage consacré aux formes concrètes de l’action. Contributrices et contributeurs intéressés, vous voilà prévenus!

Pour opérer les changements nécessaires, nous n’avons pas besoin d’être des milliards, mais nous devons être plus que quelques centaines de personnes. Le premier pas vers votre mise en action pourrait être d’en discuter ouvertement avec votre entourage, de leur partager cette publication, d’en discuter en groupe tout en aiguisant votre sens critique. Même si vous ne réussissez pas à convaincre tous les gens à qui vous en parlez, ils auront à tout le moins entendu parler de cette vision. Elle fera partie des alternatives possibles et existantes. Elle se rappellera peut-être à eux lorsque le besoin s’en fera sentir. Avec un peu de chance, vous trouverez aussi d’autres personnes prêtes à s’investir à la hauteur des enjeux. Prêtes à entrer en résistance, prêtes à provoquer le changement. Et alors, qui sait ?

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