NI TECHNO-FASCISME, NI STATU QUO, NI EFFONDREMENT : RACONTER LES BASCULEMENTS
Créer une nouvelle culture
Les récits font le monde, du moins en partie. Bien sûr, il ne faut pas oublier les rapports de force, les structures économiques, les corps et les territoires qui ont leur propre pesanteur et leur effectivité qui façonnent l’Histoire. Un véritable « matérialisme du vivant » doit articuler à la fois le pôle des imaginaires et celui des forces matérielles, sans quoi on retombe dans une vision culturaliste, idéaliste et tronquée du réel. Si le philosophe Ernest Renan ou Mathieu Bock-Côté se plaisent à dire « ce sont les idées qui mènent le monde »[1], cette citation de Karl Marx semble beaucoup plus juste : « la théorie devient une force matérielle dès qu’elle s’empare des masses »[2].
Tout changement social digne de ce nom nécessite toujours de fortes mobilisations populaires et le renversement (partiel ou total) de structures de domination : capitalisme, impérialisme, colonialisme, patriarcat, suprématie blanche, etc. Mais aucune transformation sociale durable n’a jamais eu lieu sans qu’une nouvelle façon de raconter le monde ne l’ait précédée ou accompagnée. On ne parle pas ici d’une simple théorie, de faits expliqués par des arguments logiques, ni de slogans lancés durant une campagne électorale. C’est bien au niveau des récits, des mythes, des grilles d’interprétation générale ou des visions du monde qu’un projet politique est susceptible de se transformer en « force matérielle » et en catalyseur d’action collective.
La question de l’imaginaire collectif, qui délimite ce que nous croyons possible, désirable et/ou inévitable, est donc une question politique de premier ordre. Le terme « métapolitique » sert d’ailleurs à nommer ce travail conceptuel, culturel et symbolique qui permet de travailler les imaginaires et de faire bouger les limites de l’espace public en amont de toute action politique concrète. C’est ainsi que le philosophe révolutionnaire italien Antonio Gramsci entend la création d’une nouvelle culture préalable à toute transformation sociale plus profonde.
Créer une nouvelle culture ne signifie pas seulement faire individuellement des découvertes « originales », cela signifie aussi et surtout diffuser critiquement des vérités déjà découvertes, les « socialiser » pour ainsi dire et faire par conséquent qu’elles deviennent des bases d’actions vitales, éléments de coordination et d’ordre intellectuel et moral. Qu’une masse d’hommes soit amenée à penser d’une manière cohérente et unitaire la réalité présente est un fait « philosophique » bien plus important et original que la découverte faite par un « génie » philosophique d’une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels.[3]
La crise des imaginaires
Aujourd’hui, cette question se pose avec une acuité particulière : les récits qui ont longtemps nourri les mouvements émancipateurs s’essoufflent, laissant la place à de nouveaux récits réactionnaires et techno-utopiques qui gagnent du terrain en exploitant ce vide symbolique et les angoisses d’une époque en déroute.
D’un côté, l’extrême droite détourne les idées de Gramsci et fait sienne cette bataille pour l’hégémonie culturelle. On peut penser à l’approche très intellectuelle d’Alain de Benoist qui travaille sur une « métapolitique de droite » depuis les années 1970, ou encore à la stratégie d’hypervisibilité médiatique du chroniqueur Mathieu Bock-Côté qui martèle son discours réactionnaire sur toutes les tribunes en normalisant les idées fascisantes d’Éric Zemmour.
De l’autre côté, un discours libéral mainstream met de l’avant le progrès, la diversité et la tolérance, tout en s’accommodant bien des paramètres du capitalisme et en passant sous silence les différents systèmes d’oppression. Alain Deneault utilise la catégorie « extrême centre » pour désigner des figures politiques comme Justin Trudeau ou Emmanuel Macron, alors que la philosophe féministe Nancy Fraser préfère parler de « néolibéralisme progressiste »[4].
Dans une variante plus futuriste, le libéralisme optimiste voit dans le progrès technologique la clé de voûte pour résoudre tous nos problèmes. Ce techno-solutionnisme[5] vise à créer une humanité pleinement connectée et « augmentée », libérée des contraintes du travail, de la matière et de la finitude, que ce soit par l’intelligence artificielle, la création massive de robots, les biotechnologies, la conquête spatiale, etc.
Pour répondre à cette crise des imaginaires, il ne s’agit pas ici de proposer un programme politique ni une doctrine idéologique. Il s’agit de poser une question plus fondamentale : de quels récits avons-nous besoin pour habiter ce moment historique avec lucidité et puissance d’agir ? Comment reconstruire un imaginaire émancipateur pour répondre à cet « épuisement des énergies utopiques »[6] diagnostiqué par Habermas dans les années 1980 ? Comment créer des cadres d’interprétation collective susceptibles de nourrir des mouvements sociaux et de proposer des réponses solides aux multiples crises actuelles ?
Avant de se lancer dans les solutions, il faut d’abord comprendre pourquoi les anciens récits s’épuisent, expliquer comment certains récits dominants les ont partiellement remplacés, puis explorer ce que pourrait être un imaginaire émancipateur à la hauteur du XXIᵉ siècle.
L’épuisement des grands récits et les deux utopies compensatoires
Le philosophe Jean-François Lyotard diagnostiquait dès 1979 la « fin des grands récits »[7], soit la perte de confiance envers ces vastes architectures de sens qui prétendent expliquer l’histoire et orienter l’action collective. Pensons au « progrès » comme marche inéluctable de l’humanité sur le plan moral, économique et politique. Ou encore à la « révolution prolétarienne » comme aboutissement nécessaire des contradictions du capitalisme. Le récit rationaliste cherche l’émancipation universelle par l’exercice de la Raison héritée des Lumières. Ces récits ont structuré les mouvements sociaux, les partis politiques et les syndicats pendant plus d’un siècle.
Leur épuisement n’est pas une simple désillusion intellectuelle. Il est le résultat de catastrophes historiques bien réelles : les totalitarismes du XXᵉ siècle qui se réclamaient du marxisme, l’absorption de la social-démocratie par le capitalisme néolibéral, l’effondrement du bloc soviétique, et plus récemment l’incapacité des gauches à proposer une alternative crédible à la mondialisation capitaliste. Les classes populaires qui avaient mis leur espoir dans ces récits n’ont pas simplement changé d’avis par caprice : elles ont été trahies, oubliées, ou laissées pour compte. Ce vide narratif est aujourd’hui l’un des terrains politiques les plus fertiles et les plus disputés. En l’absence de récits émancipateurs forts, d’autres récits ont prospéré.
Deux grands types de récits structurent actuellement le paysage politique et culturel occidental, et ils se disputent l’hégémonie sur les imaginaires collectifs. Le premier récit réhabilite l’idée du Progrès sous une forme techno-optimiste. Porté par les grands entrepreneurs du numérique et les milliardaires de la Silicon Valley, il propose une histoire simple et séduisante : les problèmes complexes (la maladie, la pauvreté, la crise climatique, la mort) seront bientôt ou éventuellement résolus par la technoscience, l’intelligence artificielle ou d’autres innovations disruptives.
L’humanité serait à l’aube d’une transcendance, ce qu’on nomme parfois la singularité, soit un point de bascule historique où nous serons dépassés par une convergence technologique inédite[8]. Les principaux obstacles à ce progrès exponentiel seraient la bureaucratie, la réglementation, la lenteur des institutions démocratiques, les activistes pour la justice sociale, etc. Dans son Techno-optimist Manifesto, l’investisseur en capital-risque Marc Andreessen formule de façon explicite et prophétique les « ennemis » de son récit accélérationniste :
Nous avons des ennemis. Nos ennemis ne sont pas de mauvaises personnes, mais plutôt de mauvaises idées. Notre société actuelle est soumise depuis six décennies à une campagne de démoralisation de masse – contre la technologie et contre la vie – sous divers noms tels que risque existentiel, durabilité, ESG, Objectifs de développement durable, responsabilité sociale, capitalisme des parties prenantes, principe de précaution, confiance et sécurité, éthique technologique, gestion des risques, décroissance, limites de la croissance. [...] Notre ennemi, c’est la stagnation. Notre ennemi, c’est l’anti-mérite, l’anti-ambition, l’anti-effort, l’anti-réussite, l’anti-grandeur.[9]
Ce récit triomphaliste, libertarien et techno-utopique trouve un certain appui, non seulement auprès des élites de l’industrie numérique, mais aussi dans certaines couches des classes moyennes et populaires, parce qu’il offre un horizon enthousiaste et mobilisateur. Il s’appuie sur des réalisations technologiques spectaculaires comme l’IA générative, et permet de libérer ses adeptes de la complexité du monde réel en promettant des solutions techniques à des questions fondamentalement sociales, avec le slogan fétiche « make the world a better place ». À défaut de croire à la possibilité d’un progrès politique dans un monde marqué par la montée des inégalités et la crise climatique, le progrès technologique joue ainsi le rôle d’une « utopie compensatoire », d’un « principe espérance »[10] de substitution comme réponse au sentiment d’impuissance.
Le second récit, beaucoup plus sombre et pessimiste, est celui de la « décadence » et du « grand remplacement ». Porté par les droites réactionnaires et les extrêmes droites, il raconte le déclin d’une civilisation grandiose mais menacée par les assauts combinés de la submersion migratoire, le postmodernisme, l’islamisme, le féminisme, la gauche radicale, et tout ce qui se rattache de près ou de loin au « wokisme ».
Selon cette vision du monde, la nation, la famille, le sexe, la tradition, la « race » et/ou la civilisation européenne seraient des valeurs menacées qu’il faudrait défendre contre une élite cosmopolite corrompue, la tyrannie des minorités et les étrangers. Ce récit est lui aussi puissant : il nomme une souffrance réelle, soit la désorientation, la perte du sentiment d’appartenance, l’effacement des repères, mais en lui donnant une cause fictive (les minorités, les immigrants, la gauche radicale), plutôt que de cibler les véritables responsables : la logique économique du capitalisme algorithmique et financier, et la dépossession qu’elle engendre sur le plan socio-économique.
Le récit réactionnaire de la décadence, qui a comme projet positif la restauration d’une grandeur nationale perdue (Make America Great Again), la remigration, voire la création d’un « white ethnostate » dans les milieux suprémacistes, représente aussi une utopie compensatoire. La vaste majorité des extrêmes droites contemporaines portent toujours la trace d’un « ultranationalisme palingénésique ». Le terme « palingénésie » utilisé par le politologue Roger Griffin renvoie à l’idée d’une révolution permettant d’atteindre une « renaissance nationale ». Selon lui, la force motrice de tout fascisme réside dans cette forme particulière de mythe utopique, celui d’une communauté nationale régénérée, destinée à renaître des cendres d’une société décadente[11].
La convergence techno-fasciste
Si on peut saisir aisément les différences majeures entre le récit techno-optimiste issu de la Silicon Valley et le récit de la décadence promu par les mouvements d’extrême droite à travers le monde, la frontière entre ces deux récits tend aujourd’hui à se brouiller, voire à s’effacer.
Notons d’abord que la plupart des tech bros de la Silicon Valley s’accommodaient assez bien du « néolibéralisme progressiste » en vogue durant les années 2000 et 2010, du moins au niveau du récit. Mais les choses ont changé récemment, surtout depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025. Les élites de l’industrie numérique s’allient maintenant aux politiques autoritaires de l’administration Trump, et on peut constater l’influence majeure des réseaux du milliardaire Peter Thiel (fondateur de Palantir), qui a propulsé des figures comme J.D. Vance ou encore Curtis Yarvin, l’intellectuel derrière le courant néo-réactionnaire des Lumières sombres[12]. On observe un virage vers l’extrême droite au sein de la « broligarchie »[13], qui contribue à amplifier la propagande des forces populistes, masculinistes, réactionnaires et anti-immigration sur les médias sociaux et la sphère médiatique plus largement.
Cette alliance peut paraître étrange ou paradoxale de prime abord. Le récit populiste, nationaliste et xénophobe de la décadence est d’abord orienté vers la restauration d’un passé mythique. À l’inverse, le récit futuriste, élitiste et techno-optimiste est plutôt tourné vers l’avenir. Mais comme le disait déjà Wilhelm Reich dans les années 1930 : « Le fascisme n’est pas, comme on a tendance à le croire, un mouvement purement réactionnaire, mais il se présente comme un amalgame d’émotions révolutionnaires et de concepts sociaux réactionnaires »[14].
Cette symbiose des récits techno-optimistes et décadentistes s’observe actuellement via cette coalition surprenante de forces anti-démocratiques entre ethno-nationalistes et accélérationnistes libertariens. Cet assemblage « techno-fasciste » combine le paléo-conservatisme trumpiste et le nationalisme chrétien, soit un récit fondamentalement régressif et une vision accélérationniste, technocratique et transhumaniste[15]. Ce projet est élaboré par des nerds de la Silicon Valley et des PDG, des héros susceptibles d’ouvrir l’avenir et d’éviter l’apocalypse, le tout avec une touche de suprématie blanche[16]. Le chercheur Quinn Slobodian démontre d’ailleurs que si on a longtemps cru que les courants néolibéraux et libertariens étaient fortement éloignés des pensées eugénistes, xénophobes et racialistes, il existe bel et bien des ramifications souterraines entre ces droites dures, préfigurant ainsi un capitalisme anti-démocratique d’extrême droite[17].
En résumé, les deux principaux récits de la droite économique (techno-optimiste) et de la droite identitaire (décadentiste) cherchent à combler le vide laissé par l’épuisement des grands récits de la modernité capitaliste. Et ils tendent aujourd’hui à fusionner autour d’une vision émergente et encore mal définie, soit un récit techno-fasciste qui serait à la fois traditionaliste, populiste, viriliste, futuriste, élitiste et anti-démocratique. L’archétype de cette convergence techno-fasciste est sans doute le multimilliardaire Elon Musk, prônant à la fois l’eugénisme, le natalisme, l’anti-immigrationnisme, la construction massive de robots, la colonisation de Mars, l’IA anti-woke, tout en supprimant des milliards de dollars de l’aide humanitaire pendant que les enfants du Congo meurent de chaleur : voilà l’image qui résume l’horizon moral de ce récit.
L’insoutenable légèreté du statu quo
Si certaines personnes continuent de croire que nous pouvons encore espérer un retour à la social-démocratie, ou du moins à une forme de « libéralisme modéré » alliant économie de marché, protection des services publics, développement durable, transition énergétique et paix sociale, les décisions et politiques des gouvernements actuels démontrent le contraire.
On n’a qu’à prendre l’exemple du gouvernement de Mark Carney. Ce banquier parachuté comme premier ministre du Canada représente le paroxysme de la technocratie néolibérale à visage humain. Tout en s’opposant à la rhétorique réactionnaire et identitaire de Trump ou Pierre Poilievre, il démantèle à vitesse grand V les politiques environnementales de l’ère Trudeau, joue la carte du « réalisme capitaliste » (Mark Fischer) et accélère la militarisation de l’économie, le tout au nom de l’« intérêt national » du Canada. Somme toute, il met en place un « libéralisme autoritaire »[18] visant la consolidation d'un « État fort » et militarisé au profit des classes dominantes, tout en gardant le récit libéral-inclusif comme vitrine de légitimation.
Ce récit réconfortant misant sur la continuité historique ou l’éternel retour du même s’incarne aussi au Québec via des figures comme Christine Fréchette (nouvelle première ministre prenant le relais de François Legault) ou le chef du Parti libéral Charles Milliard, qui promettent peu de choses concrètes outre une stabilité sociale sans contenu. Ce récit libéral-optimiste fonctionne encore partiellement, telle une idée-zombie. Mais son effectivité dépend moins d’une adhésion massive (elle ne fait pas rêver de jours meilleurs) que d’une promesse (illusoire) que l’État pourra encore protéger le pouvoir d’achat des classes moyennes et un mode de vie menacé par les turbulences géopolitiques mondiales.
Ce récit-limite visant la défense à tout prix du statu quo n’incarne pas une utopie positive, mais plutôt un refuge fuyant un monde menaçant au profit du déjà-là. Ce récit réconfortant est replié sur la reproduction perpétuelle du présent : ne revenons pas en arrière, mais évitons de nous réinventer pour bâtir l’avenir ; gardons ce qui marche, pour éviter de se remettre en question. Or, ce récit de l’autruche s’accroche désespérément à un passé révolu et à un présent extrêmement précaire qui est déjà en train de se dérober sous nos pieds. Bref, il s’agit du scénario auquel on peut le plus facilement s’accrocher à court terme, mais qui reste fondamentalement insoutenable.
Face à la tentation du repli vers le statu quo et la tendance lourde vers l’option techno-fasciste qui nous mènerait vers un monde encore plus chaotique et violent, les mouvements progressistes et radicaux manquent souvent de munitions narratives. Soit ils se cantonnent à la critique (dénoncer, déconstruire, démystifier), sans proposer d’horizon positif suffisamment fort. Soit ils reproduisent des versions appauvries des anciens grands récits (comme l'anarchisme du XIXᵉ siècle ou le marxisme-léninisme des années 1930), sans être en mesure de les rendre crédibles dans le contexte actuel. Bref, la gauche radicale a aussi ses propres « idées-zombies ».
C’est dans cette panne de récits émancipateurs qu’émerge une question centrale : est-il encore possible de raconter une histoire alternative qui ne soit ni naïve, ni impuissante, ni déconnectée de l’expérience vécue des gens ordinaires ? Comment reconstruire un récit qui soit à la fois radical et populaire, capable de s’ancrer dans les traditions et luttes du passé, en mesure de nommer les défis du présent, et d’ouvrir des pistes d’action pour créer un futur désirable ?
La tentation de l’effondrement
Avant de répondre positivement à cette question, il faut nommer une tentation qui traverse une partie des mouvements écologistes et radicaux : le récit de l’effondrement. Ce récit, popularisé par Pablo Servigne, Raphaël Stevens et d’autres[19], part d’un diagnostic accablant mais rigoureux d’un point de vue diagnostic : les systèmes complexes industriels (énergie, alimentation, finance, climat) sont en train de converger vers des points de rupture qui pourraient provoquer un effondrement systémique et rapide à court et moyen terme. La civilisation thermo-industrielle est en fin de cycle. L’urgence est de se préparer à ce qui vient, de développer des résiliences locales, d’apprendre à « faire sans ».
Ce récit a le mérite de la lucidité sur les limites biophysiques et les fragilités systémiques de nos sociétés capitalistes avancées, que la doxa technocratique et les discours dominants refusent obstinément de voir. Le récit de l’effondrement est actuellement une chose « impensable » dans l’espace médiatique mainstream, c’est-à-dire qu’il se situe hors de la fenêtre d’Overton. Le récit de l’effondrement représente un antidote utile à l’optimisme béat des institutions, des gouvernements et des médias dominants, qui continuent largement à se vautrer dans les mélodies rassurantes du développement durable ou de l’oxymore de la « croissance verte ».
Ce récit a aussi nourri les aspirations des mouvements écologistes des années 2010, désillusionnés à juste titre des promesses des Accords de Paris. Pensons au mouvement Extinction Rebellion lancé au Royaume-Uni en 2018, ou encore aux grèves pour le climat Fridays for Future popularisées par Greta Thunberg. Plusieurs pays ont vécu un momentum de luttes sociales en 2019, juste avant que la pandémie de Covid-19 arrive en mettant une chape de plomb sur ces mobilisations.
Mais il faut l’admettre, le récit de l’effondrement présente des limites sérieuses sur le plan affectif et mobilisateur. Malgré l’horizon catastrophiste qu’il met de l’avant et qui pourrait en théorie nous motiver à agir radicalement pour changer de trajectoire[20], il tend à paralyser l'action plutôt qu’à activer notre puissance d'agir. Si l’effondrement est inéluctable et imminent, pourquoi s’investir pour créer des transformations politiques et sociales incertaines à moyen et long terme ? Pourquoi agir ensemble, manifester, faire des petits gestes, des actions directes ou encore du sabotage, s’il n’y a pas de futur de toute façon ? Pourquoi lutter et investir un nombre considérable d’heures dans des campagnes ou mobilisations, si en bout de ligne la trajectoire globale de l’Histoire est déjà jouée ? Devrais-je plutôt investir le peu de temps qui m’est accordé sur Terre (finitude humaine oblige) pour profiter des joies de la vie entre ami·e·s ou en famille, miser sur la contemplation, le jeu, l’art et/ou l’épanouissement de soi ?
L’énergie politique se déplace ainsi vers la préparation individuelle ou communautaire à la catastrophe, plutôt que vers la transformation des structures qui la produisent. Si la droite libertarienne se tourne vers un survivalisme individualiste, avec ses bunkers et fusils de chasse, la collapsologie d’orientation progressiste nous offre une sorte de « survivalisme collectif ». Ce dernier résonne avec l’éco-anxiété des jeunes générations, mais sans offrir de levier collectif pour imaginer ou créer un autre monde. Il s’inscrit dans une perspective de déclin civilisationnel, tout en présentant une alternative écologiste au récit identitaire de la décadence. C’est pourquoi l’effondrement s’inscrit aussi dans l’« épuisement des énergies utopiques » évoqué plus haut.
Par ailleurs, le récit de l’effondrement risque d’alimenter un repli identitaire et territorial qui n’est pas sans ambiguïté politique : une autosuffisance communautaire peut facilement voisiner avec des logiques d’exclusion. L’écofascisme présent dans certains milieux où règne le confusionnisme suite à la pandémie et la décroissance d’extrême droite en sont des exemples concrets[21]. Cela ne veut pas dire que la collapsologie promue par Servigne soit en soi ambiguë sur le plan politique, mais que ce récit peut être facilement récupéré par des forces réactionnaires, en combinant conscience écologique et repli ethno-nationaliste.
Bref, il ne s'agit pas de rejeter en bloc les idées de la collapsologie : c’est plutôt l’effondrement en tant que récit qui doit être dépassé, tout en préservant son contenu lucide et subversif. Un récit à la fois cohérent et radical doit pouvoir répondre aux grandes perturbations de notre époque, marquée par le génocide à Gaza, le retour des guerres impérialistes, l’approfondissement de la crise climatique, la militarisation de l’économie, l’IA générative et les élites économiques reconverties aux vertus de l’extrême droite. Mais ce nouveau récit devra résister à la tentation de faire du « technofascisme » la seule issue de la crise organique en cours.
Autrement dit, la construction d’un nouveau récit doit évoquer des brèches, des interstices ou des braises permettant de motiver l’action émancipatrice, et ce en raison des fluctuations qui remettent en question les fondements mêmes de nos civilisations et nos modes de vie. L’affect qu’il s’agit d’activer est celui du sursaut, du réveil, de l’espoir inattendu alors que tout part en vrille, de la possibilité de bifurquer malgré les dangers du monde qui s’effrite sous nos pieds.
La temporalité ouverte des basculements
C’est ici qu’intervient une notion proposée par l’historien médiéviste et penseur politique Jérôme Baschet : celle de basculements[24]. Cette notion mérite d’être au cœur d’un imaginaire radical et émancipateur renouvelé. Malgré certains recoupements avec le récit de l’effondrement, l’idée des basculements se distingue sur plusieurs points cruciaux.
Tout d’abord, alors que l’effondrement est largement subi, un basculement embrasse davantage l’agentivité humaine. L’effondrement annonce un déclin accéléré, tandis que le basculement suggère des bifurcations, soit des moments intenses où les systèmes existants perdent leur stabilité et où des trajectoires multiples deviennent possibles. Le sous-titre du livre de Baschet est suggestif à cet égard, car il met en relief un récit qui ouvre les horizons avec des « mondes émergents » et des « possibles désirables ». Tout n’est pas joué d’avance ; malgré les tempêtes qui s’annoncent, la révolte, le courage et des actions radicales pourraient encore faire bifurquer les choses, même si rien n’est garanti à l’avance.
Ce récit incarne une « éthique du possible », soit une disposition à reconnaître les potentialités inaccomplies dans les luttes du passé, les crises du présent et ce qui pourrait advenir autrement. Tandis que l’effondrement nous place d’abord en victimes imminentes d’une catastrophe inéluctable, le récit des basculements nous place comme des acteurs et actrices d’une transition profonde dont l’issue est indéterminée. Les personnes qui s’identifient à cette vision peuvent dès lors devenir des « protagonistes » d’une histoire à faire bifurquer, à déjouer, à créer.
Jérôme Baschet s’appuie notamment sur l’expérience de la révolution zapatiste au Chiapas[25], qui considérait déjà depuis les années 1990 que nous sommes entrés dans une période de basculements multiples et entremêlés : climatiques, géopolitiques, économiques, politiques, épistémiques. Ces basculements ne signifient pas la fin du monde, mais la fin d’un monde particulier : celui du capitalisme thermo-industriel, du consensus néolibéral, de l’ordre impérial américain. Ce diagnostic se confirme encore plus avec le retour de Trump depuis 2025. Dans cet ébranlement généralisé, des espaces s’ouvrent qui étaient auparavant fermés, et de nouvelles conversations sur la rupture avec l’existant deviennent enfin crédibles ou envisageables.
Ce qui rend la notion de « basculements » féconde pour l’imaginaire émancipateur, c’est qu’elle articule deux vérités souvent disjointes. D’un côté, la crise est réelle et profonde ; il ne s’agit pas de quelques turbulences conjoncturelles à traverser avant de revenir à la normale. De l’autre côté, l’issue n’est pas écrite à l’avance. Les forces réactionnaires et oligarchiques tentent d’utiliser ces basculements pour consolider leur pouvoir, naturaliser les hiérarchies de l’ordre dominant, accélérer le virage vers l’autoritarisme, privatiser les solutions aux crises qu’elles ont elles-mêmes contribué à produire. Mais d’autres trajectoires sont possibles ; elles existent déjà, dans des milliers d’interstices, d’utopies réelles et d’expériences concrètes à travers le monde[26].
Construire un nouveau récit émancipateur
Il faut maintenant fédérer tout ce beau monde pour construire un rapport de forces effectif face aux élites prédatrices qui ont pris le contrôle de la Maison-Blanche et parient sur les guerres et la fin du monde sur les marchés prédictifs de Polymarket[27]. La présente vague autoritaire d’extrême droite, lourdement financée par les milliardaires et les classes dominantes, a pour objectif de réprimer les mouvements dissidents pour relancer l’accumulation capitaliste sans les garde-fous de la démocratie libérale et de l’État de droit. Face à cet ennemi commun, il faut donc proposer un contre-récit radical, populaire et efficace.
La temporalité des basculements n’est donc ni la nostalgie (retournons à un âge d’or), ni l’attente messianique (la Révolution viendra tout régler), ni la préparation survivaliste à la catastrophe. C’est la temporalité du seuil actif : nous habitons un moment où la transformation radicale est à la fois urgente et possible, à condition d’agir ensemble dans un contexte d’incertitude globale. Les certitudes tombent, et c’est bon signe, mais seulement si nous sommes capables de proposer une voie de sortie claire, rassembleuse et transformatrice, permettant de déjouer à la fois le repli vers le statu quo et la tentation techno-fasciste.
Sur ce point, le récit des basculements a le défaut de son mérite ; il ouvre le champ des possibles, mais il n’indique pas en lui-même quels sont les scénarios désirables ou indésirables, utopiques ou dystopiques. Il suggère un horizon ouvert, mais sans contenu positif. Il doit donc inévitablement s’arrimer à une vision radicale et émancipatrice de la vie bonne ou d’une société libre et viable, sans quoi il risque de retomber dans une rhétorique vide de la multiplicité des mondes possibles.
En d’autres termes, il ne s’agit pas de répéter que nous vivons à une époque de « basculements » pour en faire un récit fédérateur. Cette notion complexe doit être articulée à d’autres idées, pratiques et ancrages territoriaux concrets. Nous n’avons pas l’espace ici pour élaborer ce récit émancipateur des basculements, mais disons d’emblée qu’il doit s’accrocher à un véritable projet politique de transformation sociale, sans quoi il risque d’être récupéré par des groupes d’extrême droite (écofascistes, ethno-nationalistes ou suprémacistes blancs) qui misent sur une lecture réactionnaire des basculements, via une vision accélérationniste fascisante visant à hâter la destruction des sociétés plurielles ou modernes au profit d’États autoritaires et homogènes sur le plan racial et ethno-culturel.
Cela représente le premier chantier « métapolitique » visant à donner une base substantielle et solide au récit des basculements. C’est ici que tout un travail théorique et stratégique commence : comment articuler des idées et luttes aussi diverses que le socialisme démocratique, la décroissance, les perspectives décoloniales et autochtones, les pensées écoféministes, etc. ?
Je n’ai pas de réponse claire à ce stade, ou tout au plus quelques vagues intuitions. Il est évident que tout ce travail conceptuel et métapolitique devra être le fruit d’une réflexion collective, visant à bâtir des ponts entre différentes familles de la gauche émancipatrice, afin de trouver des terrains communs pour nourrir des dialogues, des débats et des expérimentations visant à tester des hypothèses, à tirer des apprentissages de luttes concrètes et d’alliances stratégiques. Il faudra dans tous les cas miser sur un mélange de confiance, d’ouverture à la pluralité et de processus démocratiques, afin de favoriser les maillages entre groupes militants pour créer des points de convergence, sans effacer les différences et spécificités de chaque lutte.
Pour terminer, trois éléments me semblent centraux pour construire un tel récit émancipateur : 1) un projet politique radical de transformation sociale ; 2) un lieu propre, avec son épaisseur historique et géographique ; 3) un sujet politique susceptible d’agir comme protagoniste de l’histoire face à un ennemi bien défini.
Je n’ai pas la place ici pour élaborer ces trois dimensions fondamentales d’un récit émancipateur des basculements. Cela dit, je peux préciser brièvement quelques chantiers de réflexions à mener pour ajouter « la chair autour de l’os » de ce métarécit. Premièrement, le récit doit s’accrocher à un projet sociopolitique substantiel visant à dépasser le capitalisme et les multiples systèmes d’oppression interreliés. À titre d’exemple, dans son livre Guérir du mal de l’infini, Yves-Marie Abraham définit trois grands pôles : produire moins, partager plus, décider ensemble[28]. Il présente l’horizon d’une société post-croissance, démocratique et conviviale, mais sans récit clair.
Dans un article plus récent, Abraham propose d’articuler le projet de décroissance soutenable autour de quatre axes : économie de subsistance ; technologies conviviales (low-tech) ; paradigme des communs (alternative à la propriété privée et la nationalisation) ; biorégions (alternative politique au modèle de l’État-nation)[29]. On se rapproche davantage d’un projet politique concret et multidimensionnel, susceptible de s’incarner via des pratiques, des stratégies et de nouvelles institutions opposées à l’ordre social actuel. Il faudra bien sûr articuler tout cela à des théories critiques complémentaires, liées notamment aux mouvements féministes, antiracistes, décoloniaux et internationalistes. Mais il n’en demeure pas moins qu’on se rapproche d’un projet de transformation sociale plus précis et substantiel.
Ensuite, un récit politique décroissanciste, biorégionaliste, féministe et décolonial demeure encore trop abstrait, c’est-à-dire un projet de société idéal mais « hors-sol », s’il ne s’incarne pas au sein d’un territoire concret. C’est pourquoi un récit de basculements vers une société post-croissance ne prendra pas la même forme au Québec, en France, au Cameroun, à Cuba ou au Vietnam. Les conditions de possibilité pour opérer un basculement vers ce monde nouveau dans ces différents espaces géographiques et culturels sont trop différentes au niveau social, économique et technologique, de telle sorte qu’un récit commun risque d'être trop générique.
Les imaginaires de chaque pays sont forcément singuliers. Comme les récits prennent racine dans une trajectoire socio-historique particulière, cela signifie que le récit des basculements, dans une perspective décroissanciste et émancipatrice, devra forcément s’ancrer dans la longue durée et les contradictions d’une réalité collective concrète, comme la société québécoise en 2026. Cela ne veut pas dire qu’il faille adopter un « nationalisme méthodologique », comme si le territoire québécois était un espace exceptionnel ou extérieur à l’ordre économique mondial. Mais un récit convaincant devra trouver des assises dans une histoire sociale particulière et ouvrir des horizons pour les multiples groupes existants dans ce territoire précis.
Enfin, la dernière question complexe et incontournable est de déterminer le « sujet politique » susceptible de catalyser l’action collective vers le changement social souhaité. Dans le récit marxiste traditionnel, c’était le prolétariat ou la classe ouvrière qui jouait ce rôle. Dans le récit nationaliste, c’est le peuple ou la nation assujettie qui incarne le sujet de la libération. Dans un récit davantage « postmoderne », pluraliste ou « intersectionnel », ce sont les « personnes concernées » ou les « groupes opprimés » qui doivent lutter pour leur propre émancipation, en créant des coalitions au besoin, mais sans qu’un « grand sujet révolutionnaire » émerge comme source de libération commune.
Dans le cas présent, c’est-à-dire dans un contexte où les forces émancipatrices naviguent à contre-courant, en s’opposant tant au repli vers le statu quo du libéralisme autoritaire (de Mark Carney) qu’au virage techno-fasciste de l’impérialisme américain (du gouvernement Trump), il n’est pas évident de savoir quel est le bon « sujet de l’émancipation » pour créer un récit radical et populaire en contexte québécois.
L’idée des basculements représente une hypothèse à explorer, à condition de lier cette logique des possibles à un projet politique susceptible de renverser l’ordre existant, de s’ancrer dans des territoires concrets, et de susciter l’adhésion d’individus, de groupes et de communautés qui pourront se reconnaître dans une vision partagée. Créer une « nouvelle culture » n’est pas chose facile, mais c’est en se posant les bonnes questions et en expérimentant ensemble qu’on risque de trouver des voies de sortie, des nouveaux récits, de nouvelles manières d’habiter le monde.
[1] La citation originale vient d’Ernest Renan dans L’Avenir de la science (1890), et Mathieu Bock-Côté a repris cette formulation pour nommer son balado sur QUB Radio.
[2] Karl Marx, Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel (1844). Disponible en ligne : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430000.htm
[3] Antonio Gramsci, Cahiers de prison. Cahier 11, §12, Note IV, Paris, Gallimard, 1978, p. 102.
[4] Alain Deneault, Politiques de l’extrême centre, Lux, Montréal, 2016 ; Nancy Fraser, « From Progressive Neoliberalism to Trump – and Beyond », American Affairs, vol. 1, nᵒ 4, 2017.
[5] Ce terme a été forgé par le chercheur Evgeny Morozov dans Pour tout résoudre, cliquez ici : L'aberration du solutionnisme technologique, Limoges, FYP éditions, 2014.
[6] Jürgen Habermas, « La crise de l’État-providence et l’épuisement des énergies utopiques », dans Le Discours philosophique de la modernité, Paris, Gallimard, 1985.
[7] Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Paris, Éditions de minuit, 1979.
[8] Dans son livre Humanité 2.0, Ray Kurzweil prédit que l'IA réussira le test de Turing en 2029, et situe la singularité technologique en 2045. Ray Kurzweil, The Singularity is Near: When Humans Transcend Biology, Penguin Books, New York, 2005.
[9] Traduction libre d’un extrait de Marc Andreessen, The Techno-optimist Manifesto, a16z, 16 octobre 2023. Disponible en ligne : https://a16z.com/the-techno-optimist-manifesto/
[10] Ernst Bloch, Le principe espérance, Paris, Gallimard, 1976.
[11] Roger Griffin, The Nature of Fascism, New York, Routledge, 2013.
[12] Arnaud Miranda, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris : Gallimard, 2026.
[13] Le néologisme « broligarchie » désigne la culture dominante au sein de l’oligarchie états-unienne fortement marquée par l’attitude des tech bros de la Silicon Valley. Ce terme fut popularisé par Carole Cadwalladr, « Tech broligarchs are lining up to court Trump. And Vance is one more link in the chain », The Guardian, 20 juillet 2024.
[14] Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, 1972, p. 12.
[15] Voir Jonathan Durand Folco, Fascisme tranquille : affronter la nouvelle vague autoritaire, Montréal : Écosociété, 2025 ; Jonathan Durand Folco, « Les racines idéologiques du technofascisme : entre accélérationnisme néoréactionnaire et révolution papillon », Possibles, vol. 50, nᵒ 1, 2026, p. 66-77.
[16] Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse nerds : comment les technofascistes ont pris le pouvoir, Paris, Éditions Divergences, 2026 ; Norman Ajari, Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche, Bruxelles, Éditions Météores, 2026.
[17] Quinn Slobodian, Hayek’s Bastards: Race, Gold, IQ, and the Capitalism of the Far Right, Princeton, Princeton University Press, 2025.
[18] Grégoire Chamayou, La société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris, La fabrique, 2018.
[19] Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil, Paris, 2015.
[20] Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé : quand l’impossible est certain, Paris, Seuil, 2002.
[21] Pierre Madelin, La tentation écofasciste. Écologie et extrême droite, Écosociété, Montréal, 2022.
[22] Jonathan Durand Folco et Jonathan Martineau, Le capital algorithmique : accumulation, pouvoir et résistance à l’ère de l’intelligence artificielle, Montréal, Écosociété, 2023.
[23] Pablo Servigne, Le réseau des tempêtes : manifeste pour une entraide populaire, Les Liens qui Libèrent, Paris, 2025.
[24] Jérôme Baschet, Basculements : mondes émergents, possibles désirables, La Découverte, Paris, 2021.
[25] Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste : insurrection indienne et résistance planétaire, Paris, Flammarion, 2019.
[26] On reprend ici l’idée de la transformation interstitielle chez Erik Olin Wright, Utopies réelles, La Découverte, Paris, 2017.
[27] Aisha Down, « ‘Abhorrent’: the inside story of the Polymarket gamblers betting millions on war », The Guardian, 11 avril 2026.
[28] Yves-Marie Abraham, Guérir du mal de l’infini, Écosociété, Montréal, 2019.
[29] Yves-Marie Abraham, « La décroissance soutenable comme politique de sobriété ». Lien social et Politiques, vol. 93, 2024, p. 22-42.