SUIVONS-LE ! LE BESOIN DE CHEF

J'entends souvent parler du besoin irrépressible de guides, de meneurs, de figures de proue… de chefs, quoi ! Il semblerait que l'humanité ne puisse parvenir à accomplir de grandes choses que sous l'impulsion et la supervision de ces personnalités exceptionnelles. Les exemples sont nombreux et éloquents. Alexandre le Grand a su conquérir l'ensemble du monde connu de l'époque alors qu'il n'avait au départ qu'une armée ridicule comparée aux forces en présence. Les plus grandes merveilles de l'humanité ont toutes été créées grâce à la volonté de chefs forts et incontestés, que ce soient les pyramides d'Égypte sous le règne des pharaons, les cathédrales chrétiennes sous la volonté commune des rois et des papes, sans compter les palais et châteaux de toutes sortes érigés sous l'égide des souverains locaux. Même les révolutions prétendument démocratiques ont connu leurs meneurs, que ce soient les pères fondateurs aux États-Unis ou les Robespierre et Marat de la Révolution française. Et que dire des révolutions pacifiques menées par Mahatma Gandhi en Inde ou Nelson Mandela en Afrique du Sud ?

À notre échelle, dans nos sociétés où nous votons pour nos meneurs politiques, il n'est guère de projets d'envergure qui ne passent par eux ou qui puissent même voir le jour sans leur approbation. Partout où l’œil se pose, l'empreinte du chef est présente, que ce soit au travail, entre amis ou en famille. C'est d'ailleurs au sein de la famille que se vit pour la première fois l'expérience de l'autorité et de la soumission aux volontés supérieures. Les parents, pour le bien-être de leurs enfants, doivent définir des règles et s'assurer qu'elles soient respectées. Les enfants, bien au fait de leur totale dépendance envers leurs parents et reconnaissant leur profond attachement par les nombreuses marques d'affection dont ils font l'objet, y obéissent généralement de bonne grâce. Cette soumission aux règles et la conjugaison des volontés individuelles vers un but commun, édicté par une autorité supérieure, débutent donc très tôt dans le développement humain. Les années qui suivent, passées dans le système d'éducation, renforcent cette soumission à l'autorité, la rendant naturelle. En effet, l'élève n'est pas encouragé à développer sa pensée critique. Il n'est en fait guère encouragé à réfléchir. Le bon élève apprend et rend telle quelle la matière enseignée. Remettre en cause les paradigmes, questionner l'autorité, douter de la pertinence de certaines matières, voilà autant d'attitudes qui vous valent un aller simple vers la punition, voire vers le rejet si la récidive est trop fréquente.

Cette soumission encouragée, apprise, intériorisée et le besoin de meneurs sont intimement liés. La liberté de penser ayant été réprimée, il devient difficile d'avoir soi-même des idées originales, de proposer quelque chose qui sorte de la pensée commune. Surtout, il est presque impossible de contester l'autorité. Même s'il arrive que cette autorité soit arbitraire et injuste, les décennies d'habitude nous enlèvent toute volonté et toute confiance en nos capacités à l'affronter. Quand une personne se lève et scande bien fort qu'elle ne se laissera pas faire, qu'elle affrontera l'injustice ou atteindra un but élevé, seule s'il le faut, il n'en faut pas plus pour nous rallier à elle. Cette personne qui ose ainsi aller contre ce carcan mental doit être d'une trempe exceptionnelle, quelqu'un qui possède des qualités rares et qui, par sa force et ses convictions, nous permettra de faire valoir nos droits ou d'atteindre nos objectifs. Surtout, ce meneur nous assurera que nous ne serons pas en première ligne, qu'en lui donnant notre appui nous ne nous engagerons pas trop directement. Car il ne faut pas oublier notre crainte, voire notre incapacité (réelle ou imaginée), à innover et à aller à contre-courant. Le risque d'échouer, en se lançant seul, semble bien plus probable et notre fragilité nous apparaît alors insurmontable.

Qu'importe si leur chemin n'est pas exactement celui que nous aurions choisi. L'habitude d'obéir, de même que la constante et navrante comparaison entre notre condition et celle du meneur, nous convainquent qu'il ne s'agit là que de divergences mineures. Si la divergence s'accentue, bon nombre d'entre nous continueront néanmoins à le soutenir et à lui obéir, pour la simple raison que cesser de le faire signifierait que nous aurions dû le faire avant, que nous nous étions trompés tout ce temps. Or, il est très difficile de réviser un jugement [1], phénomène appelé dissonance cognitive. En réitérant notre appui au meneur et en ignorant nos signaux d'alarme, nous nous réconfortons sur le bien-fondé de nos actions antérieures [2].

Ce besoin d'exister par le biais d'un homme (ou d’une femme) idéal nourrit à la perfection le besoin d'admiration des meneurs [3]. Le charisme du meneur est un facteur déterminant dans sa relation avec ceux qui le suivent. Il se définit par sa capacité à rejoindre nos valeurs [4], en parole ou en action, par sa vision qui doit conjuguer beauté, ordre, honnêteté, dignité et droit humain [5], et surtout par son aisance oratoire. Aisance qui semble fortement liée à la capacité du meneur d'imager et de rendre accessible à son auditoire les avantages qu'il y aurait à le suivre [6]. Ainsi, plus un meneur est charismatique, plus nous croyons qu'il agit en accord avec nos valeurs et plus nous avons confiance que notre appui lui permettra de réaliser de grandes choses en notre nom. Plus cette confiance est aveugle, plus il faudra que le meneur s'éloigne de l'objectif pour nous faire réaliser l'urgence de s'en dissocier.

La place des meneurs dans notre société

La culture du meneur est bien présente dans nos vies. Le nombre de journaux scientifiques qui traitent des divers avantages de développer des meneurs, des grandes avancées qu'ils permettent et de la façon de les encadrer pour qu'ils performent mieux est sans commune mesure avec ceux qui développent une critique de cette pratique. Est-ce un réel reflet des avantages et des inconvénients liés aux meneurs ? Est-ce symptomatique d'une société qui, depuis le gouvernement jusqu'à la garderie en passant par l'entreprise privée, ne maintient son ordre que par l'acceptation que quelques-uns doivent décider pour la majorité ? En plus d'en favoriser l'acceptation passive, ce rabâchement continuel sur l'inévitable besoin de meneurs laisse sous-entendre qu'il serait possible pour quiconque le veut vraiment de passer de suiveur à meneur. Que cet ascenseur social soit accessible à qui le veut et le mérite. Il est bien plus tolérable d'être un suiveur quand on croit qu'à tout moment nous pouvons changer de position, au prix de quelques efforts. Au fond, si nous restons suiveurs, ce serait parce que c'est plus facile et que cela nous arrange… Mais est-ce bien vrai ? Ne s'agit-il pas de caractères inaltérables de la personnalité ? Ce besoin pathologique d'admiration, cette capacité à supporter la pression, cette aisance à communiquer et cette déconcertante facilité à décider pour soi et pour autrui ne se retrouvent pas avec la même intensité chez chacun d'entre nous. Un suiveur timide et indécis n'a pas les outils nécessaires pour changer de statut, malgré toute sa bonne volonté. De toute façon, comme le nombre de places de meneurs est limité et que ces derniers ne sont pas prêts à se faire remplacer, ils usent de divers stratagèmes afin de repousser les prétendants et d'assurer leur position.

Il faut l'avouer, être meneur comporte bien des avantages. Normal d'y tenir. Être meneur vous permet de vous élever dans la pyramide sociale, d'accéder à de meilleures conditions de vie (salaire, avantages sociaux) et, surtout, de sortir de l'anonymat. Autant la société encense les meneurs, autant obtenir la célébrité est un objectif qui attire plus que jamais. Si tous les chemins vers la gloire sont bons, devenir un meneur est encore perçu comme la forme ultime de la célébrité, celle qui surpasse et englobe toutes les autres. Car pour être un meneur, il faut démontrer du talent et de la prestance en public, avoir des idées et savoir les défendre, avoir un ascendant sur les autres et faire en sorte qu'ils voient en nous davantage qu'une simple personne talentueuse. Un meneur doit pouvoir convaincre les autres de le suivre, de lui confier leurs rêves, leurs objectifs, leurs destinées.

Est-ce mal ?

Vous vous dites sûrement, vu l'orientation que prend ce texte, que je vais fatalement arriver à la conclusion que de suivre un meneur est une mauvaise chose. Oui et non (à être aussi tranché, je ne me risque pas trop!). Je m'explique. Il serait faux de prétendre que certains meneurs, certains chefs, n'ont pas exercé une influence positive dans l'histoire de l'humanité. En mobilisant les forces et les volontés, avant eux disséminées et impuissantes, ils ont permis des modifications profondes des sociétés dans lesquelles ils évoluaient. Ils ont toutefois été des personnages d'exception, de ceux qui confirment la règle. Car l'écrasante majorité des grands meneurs a plutôt rapidement sombré dans l'intérêt personnel et la soif de pouvoir. Cette capacité à fédérer autant d'individus, et donc à acquérir influence et pouvoir, s'accompagne souvent d'un besoin d'acclamation et d'admiration. Cette décharge d'adrénaline avant, et d'endorphine après un discours réussi est une drogue puissante contre laquelle il est difficile de résister. Les adeptes de sports extrêmes, qui obtiennent les mêmes effets en risquant leur vie, en sont un exemple frappant. Pour revivre ces sensations, ils sont prêts à prendre toujours plus de risques.

Pour les meneurs, il ne suffit toutefois pas de réserver une fin de semaine de ski hors-piste pour revivre cette ivresse. Ce pouvoir et cette admiration sont accordés par d'autres, dont le contrôle total leur échappe. Tous les stratagèmes sont alors envisagés pour s'assurer que cette masse de gens continue à les considérer comme leurs meneurs. La confiance, le succès, l'humilité, mais aussi le mensonge, la manipulation, la coercition même, si nécessaire, sont tous des moyens envisagés. Surtout, faire taire les voix dissidentes, en particulier celles en provenance de ceux qui voudraient ou pourraient prendre leur place. Car il n'est rien de plus dangereux pour un meneur que de se faire remplacer par un autre. Le retour vers son existence antérieure, anonyme et désespérément normale, n'est pas une option. Il lui faut donc rester au sommet. C'est alors que s'enclenche un processus qui mènera presque invariablement le chef à rejeter les bonnes idées qui ne proviennent pas de lui (quand il ne les récupère pas à son propre compte). Accorder du crédit à celui qui apporte de bonnes idées lui donne une influence susceptible d'être éventuellement suffisante pour le déloger. La perception de son rôle de meneur glissera irrémédiablement de représentant et organisateur des volontés du groupe à celui de despote cherchant à assurer son maintien. Si, pour diverses raisons, un meneur venait à se faire remplacer, comme cela s'est produit d'innombrables fois dans l'Histoire, le même scénario se répéterait avec son remplaçant. Robert Michels, dans son traité sur la dérive oligarchique des partis politiques, disait d'ailleurs ceci :
« À peine les nouveaux chefs sont-ils parvenus à leurs fins, à peine ont-ils réussi à abattre, au nom des droits lésés de la masse anonyme, l'odieuse tyrannie de leurs prédécesseurs et à s'emparer du pouvoir à leur tour, on voit aussitôt s'opérer en eux une transformation qui finit par les rendre exactement semblables, sous tous les rapports, aux tyrans détrônés. Le fait est que les révolutionnaires d'aujourd'hui sont les réactionnaires de demain. » Les Partis Politiques, 1914 [7].

Dérives du pouvoir

« Deux sentiments inhérents au pouvoir ne manquent jamais de se produire : le mépris des masses populaires et l’exagération de son propre mérite. » Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865).

Cette constatation, faite il y a plus de 150 ans, pourrait s'élever au rang de loi tellement elle s'applique presque sans exception. Le pouvoir, qui vient inévitablement avec la position de meneur, est l'ultime corrupteur. Le besoin d'admiration en est la première étape. Il habitue le meneur à être dépendant du regard des autres. Avec l'admiration vient, de la part des suiveurs, la volonté de plaire. Après avoir fait l'expérience que ces derniers sont prêts à obéir à la moindre de ses demandes, le meneur réalise qu'il est facile d'en profiter. Car les suiveurs cherchent à établir une hiérarchie parmi eux. C'est à savoir lequel sera le plus près du meneur, celui qui aura le privilège de le conseiller, de lui parler ou même de simplement se faire remarquer. Alors quel meilleur moyen que de répondre à tous les besoins du meneur, voire de les anticiper ? Ce dernier trouve là toute une panoplie de serviteurs, empressés d'obéir afin d'avoir la chance de compter parmi ses relations.

Cet obséquieux empressement est l'expression même du pouvoir qu'exerce le meneur sur les autres. Bien qu'il puisse s'en servir pour réaliser de grandes choses dans l'intérêt général du groupe, il est facile d'en profiter pour répondre à ses besoins personnels. La dérive est d'autant plus facile que la distinction entre l'objectif et la personne qui mène le groupe vers celui-ci s'atténue. D'abord pour le meneur lui-même qui, ne ménageant pas ses efforts et portant sur son dos la lutte et les espoirs de tous, finit par surévaluer son importance et ses sacrifices. En minimisant les efforts des autres, il en vient à croire qu'il mérite une compensation, offerte par ceux-là même qu'il considère comme la méritant moins que lui. Avec le temps, voyant l'absence de protestation, le meneur en vient même à considérer que son bien-être et son intérêt personnel se fondent avec ceux du groupe. S'il obtient ce qu'il veut, alors le groupe aussi, car leurs objectifs ne sont-ils pas les mêmes ? Évidemment, entouré de suiveurs faisant tout pour se hisser dans la hiérarchie, cela fait déjà longtemps qu'il n'entend plus l'opinion des autres, sinon que sous la lunette déformée et biaisée de sa position. Opinion qui n'a de valeur que si elle est en accord avec la sienne, l'inverse étant bien entendu le résultat de l'ignorance et de la jalousie. Du point de vue des suiveurs, cette distinction entre objectif et meneur s'atténue aussi sous l'effet d'une conjugaison du temps et de l'influence croissante du meneur. En effet, plus longtemps une même personne demeure le visage et la voix d'un objectif, plus elle en devient indissociable. Si cette personne réussit à obtenir des gains et à augmenter son prestige, il devient alors presque impossible pour le groupe d'envisager de la remplacer. Puisque c'est grâce à elle que le groupe s'est approché de son objectif, tous les moyens sont bons pour lui permettre de continuer son bon travail. Ses besoins se confondent alors avec ceux du groupe, son bien-être vaut davantage que celui du simple suiveur, son chemin devient le seul envisageable. L'idéalisation du meneur mène à la croyance que ce dernier détient des informations que lui seul connait, un instinct unique qui lui permet mieux que quiconque de s'approcher de l'objectif et une expérience qui le place dans une position d'où il est indélogeable. La porte est alors toute grande ouverte à la satisfaction de toutes ses exigences, même les plus farfelues et les plus égoïstes. Si c'est bon pour le meneur, c'est bon pour tout le monde…

Cette dérive est d'autant accentuée que les gens qui sont aux commandes dans notre société sont précisément ceux qui le veulent. Évidemment, me direz-vous ! Mais cette volonté de diriger, d'exercer un pouvoir sur autrui, de s'élever au-dessus des autres dénote une faiblesse qui accroît l'effet corrupteur du pouvoir. Ces personnes sont effectivement plus sensibles à son attrait, deviennent plus facilement dépendantes de ses effets enivrants et sont par conséquent plus enclines à tout faire pour le garder et l'amplifier.

De toutes les méthodes utilisées pour désigner des meneurs, l'élection est sans doute la plus sélective envers ce type de personnalité. Pour être élu, il faut déjà avoir cette facilité à communiquer et ce charisme si indispensable qui permet l'adhésion des autres à ses idées et à sa personne. L'élection est avant tout un concours de personnalité, bien avant un débat d'idées. Celui qui en imposera le plus, celui qui présentera une confiance en lui inébranlable et celui qui démolira le plus durement ses adversaires aura toutes les chances de remporter l'élection. Tous ces traits de personnalité sont pourtant autant de défauts à l'origine des dérives des gens au pouvoir. Une personne qui ne se remet jamais en doute et qui a une confiance démesurée en ses moyens négligera inévitablement les opinions des autres. Son manque d'empathie, si glorifié lors des débats entre candidats, l'amènera à ignorer les besoins des autres et à mettre les siens au premier plan. L'accès au pouvoir ne fera alors, pour une telle personne, que mettre en exergue des tendances déjà bien présentes et visibles de tous.

Sont-ils indispensables ?

Malgré toutes ces dérives, qui se produisent presque invariablement à chaque fois qu'un meneur se lève, pourquoi les humains continuent-ils à les voir comme le seul moyen de fonctionner en société ? Sitôt qu'une idée nouvelle apparaît, sitôt qu'une cause doit être défendue, sitôt qu'un message doit être passé, le premier réflexe est de chercher un meneur qui assurera la réussite du projet. Connaissant à l'avance le résultat presque certain de l'aventure, il paraît bien surprenant qu'une telle démarche demeure la seule à être envisagée. Comme expliqué plus haut, ce réflexe est produit par notre éducation et par notre incapacité à croire en nos capacités individuelles et collectives. Il nous faut un surhumain, quelqu'un qui aura cette force qui, pensons-nous, nous manque tant. Notre problème vient de notre confusion entre force et orgueil, entre confiance en soi et aveuglement, entre persévérance et obstination, entre conviction et endoctrinement, entre rassembleur et narcissique. Nous voulons les premiers mais choisissons toujours les deuxièmes, plus voyants, plus tape-à-l’œil. Surtout, ces personnes sont exactement celles qui recherchent ces positions.

Ne vaudrait-il pas mieux s'en passer ? N'y a-t-il pas d'autres moyens d'atteindre un objectif collectivement ? Ne serait-ce pas plus prudent, plutôt que d'espérer gagner à la loterie et tomber sur un si rare meneur d'exception ?

Le deuxième article que je propose dans ce numéro, et portant sur la démocratie, s'attardera donc à répondre à cette question, si cela est possible ! Car, pour citer Albert Einstein : « La folie consiste à faire la même chose encore et encore et à attendre des résultats différents. »


[1] Edelson, M., Sharot, T., Dolan, R. J. & Dudai, Y. Science 333, 108–111 (2011).

[2] Milgram, S. 1974. Obedience to Authority: An Experimental View. New York: Harper and Row.

[3] Post, J. M. 1986. Narcissism and the Charismatic Leader-Follower Relationship. Political Psychology, 7(4): 675-688

[4] Shamir, B., R. J. House, and M. B. Arthur. 1993. The Motivational Effects of Charismatic Leadership: A Self-Concept Based Theory. Organization Science, 4(4): 577-594

[5]Shamir, B., M. B. Arthur, and R. J. House. 1994. The rhetoric of charismatic leadership: A theoretical extension, a case study, and implications for research. Leadership Quarterly, 5: 25-42

[6] Emrich, C. G., Brower, H. H., Feldman, J. M. et Garland, H. 2001. Images in Words: Presidential rhetoric, Charisma and Greatness. Administrative Science Quartely, 46 (2001): 527-557

[7] Michels, Robert. 1914. Les Partis Politiques. Édition Flammarions.  313 p.

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